Pour moi, un homme, c'est la fusion de deux êtres qui, la plupart du temps, se sont aimés. Qui se sont aimés assez fort pour prendre cette décision extraordinaire de mettre un enfant au monde. Et puis, il y a le ventre d'une mère, mécanique extrêmement complexe qui arrive à fabriquer ce corps, cellule après, mois après mois. Et un jour, cet enfant va se trouver place sur terre. Ce en quoi il va être comme un héritier de toute l'espèce humaine depuis sa création. Tout ce que ses ancêtres ont su, il peut le savoir, et peut-être un peu plus. En tout cas, il aura accès à la connaissance s'il le désire. La suite, c'est de la patience et de l'amour parental. Personne ne saura jamais combien de minutes passées à guetter ses moindres besoins. Essayez d'imaginer combien de milliards de globules blancs vont livrer bataille pour le protéger de milliers de virus, combien de seaux de larmes, combien de chutes dont il va se relever, quelles quantités incroyables de lait et de tartines beurrées il faut, pour construire un homme en bonne santé. Et puis il va vivre une interminable succession de petites victoires, dès le berceau. Tous les jours, il conquiert quelque chose, ça fait plaisir à voir. Il arrive à dompter une main pour en faire l'outil plus performant du monde. Il va poser un cube sur une chaise pour accéder au pot de confiture, et ça, pas un seul animal au monde n'en est capable. Il va aimer rire, il va découvrir qu'on peut se faire rire tout seul, et qu'on n'a besoin de personne. Et puis il va tomber amoureux, et ce premier amour va être encore plus intense que celui qu'a décrit Shakespeare. Au premier chagrin, il portera toute la misère du monde sur ses épaules, mais cette douleur va le rendre plus fort. Et le voilà fin prêt à construire, à se tromper, à jouir, à vivre le meilleur de sa vie.

